Exposition MJC Dieppe janvier 2000

mvc_41.jpg
mvc_42.jpg
mvc_43.jpg
mvc_44.jpg
  mvc_45.jpg mvc_46.jpg  

Calotype, selon le procédé du 19e siècle, de Martial Verdier.

 

 

 


Revue de presse :    “Les informations dieppoises” vendredi 7 janvier 2000
“Les informations dieppoises” mardi 11 janvier 2000
(interview), “Les informations dieppoises” vendredi 18 janvier 2000

 

 

 

 


“Les informations dieppoises” vendredi 7 janvier 2000


Comme une transmigration des âmes..


Sont exposées dans le hall de la MJC du Centre, rue du 19 août 1942, des images étranges et fascinantes. Des images comme des photographies récupérées sur la plage après le désastre d'une marée noire. Des « échappées belles » à jamais empreintes de la moisissure du bitume. Des images « magiques » qui racontent autre chose que ce qu'elles montrent, ou que ce qu'elles ne montrent plus. Ce sont des « Calotypes » signés Martial Verdier. L'exposition s'intitule « Les Ambassadeurs ». A voir absolument jusqu'au 29 janvier.


“Les informations dieppoises” mardi 11 janvier 2000


Je suis surpris. Heureusement surpris. Maintenues dans des cadres de bois massif rustres et rustiques, les images résultant du travail de Martial Verdier m'apparaissent et s'imposent à moi comme des photographies qui ne voudraient plus être seulement des photographies. Je sais que la « photo » est là, à cause du noir et du blanc et du gris, à cause de Ici texture, de la manière et de Ici matière, Je sais que la pause de départ appartient à la réalité. Mais ce que je vois et ce que je regarde n'est plus de la réalité, Du moins de l'ordinaire,

Si elles étaient de la réalité ordinaire, ces images ne seraient que des photos d'une horrible banalité. Sûrement des portraits de famille sages et neutres comme ceux que l'on pose sur les tables de chevet (près du lit conjugal) ou sur le buffet..,

Et je regarde les images (les photos) de Martial Verdier. Ce sont — c'étaient — des portraits, Mais la réalité s'est déchirée dessus. La réalité a saigné dessus et le sang y a coagulé sa brume, sa fumée, et ses flaques. Et les portraits ne portent plus de traits d'expression. Plus de regards pour simplement dire,

Ce sont des figures qui échappent au figuratif. Elles me donnent le choix entre deux mouvements, entre deux actes (deux ou plus). Peut-être sont-elles en train d'apparaître ? Peut-être sont-elles en train de disparaître ? ... De toutes façons, il y a quelque chose d'inédit en elles. « Inédit », ici, veut dire « non-dit ». Comme si j'avais devant mes yeux des représentations de ce que). je ne peux pas voir, de ce que je ne peux pas savoir. Quelque chose comme une décomposition éternisée, Ou des fantômes enfin révélés, Ce qui reste du vivant après l'usure de la vie...

Aussi ce qui reste vivant hors la vie,

Ce que je vois ici relève de l'invisible, comme des images chamaniques... Comme le reflet des âmes saisi sur du papier par un procédé d'alchimiste, Cela me fait penser à tous ceux qui ont tenté de photographier les fées au début de ce siècle... Car ces images ont quelque chose de féeriques... A voir jusqu'au 29 janvier en la MJC du Centre.

 

“Les informations dieppoises” vendredi 18 janvier 2000


ARTS, SPECTACLES

Rencontre avec Martial Verdier, photographe et plasticien -

Un alchimiste de l'éphémère

Rencontre avec Martial Verdier, photographe et artiste. Voilà quelqu'un qui a commencé « faire des choses » à Dieppe quand il y était lycéen (ça fait quelques vingt ans et plus). Il a quitté Arques-la-Bataille en 1981. Le revoilà de passage avec une exposition de ses créations à la M.J.C du Centre, « Les ambassadeurs »... J’entre dans la MJC et là, je reconnais Martial immédiatement. A mes yeux, il n'a pas changé. Sûrement parce qu'il a respecté son rêve même si cela n'a pas été facile. Son rêve des images, ses rêves, je les ai partagés le temps de son apprentissage de la technique sérigraphique au foyer socioculturel d'Arques-la-Bataille. Le temps que les cadres sèchent, que les images naissent, on avait le temps de parler de l'avenir, Et là, au milieu de l'exposition que Martial a réalisé, le plus grand compliment que je puisse lui faire, c'est qu'il ressemble à son rêve d'adolescent. Je sens bien que la vie lui a infligé des blessures. Après l'école nationale d'art de Cergy-Pontoise, il a fallu affronter la réalité de la vie, Déjà, à l'école, Martial a pris les choses en mains.- L'atelier de sérigraphie de l'école qu'il prend en charge faute de professeur pour l'animer. Le peu qu'il sait, il le perfectionne et le partage, En sérigraphie, on n'obtient pas toujours exactement ce que l'on veut et déjà à Arques, Martial travaillait, jouait avec cette incertitude. Dans son travail de sérigraphe professionnel puis de photographie, il continue a jouer avec ce hasard de l'usure, du temps qui passe et qui efface ou souligne ce qu'on n'attendait pas forcément dans une image.

Martial, les images l'ont toujours fasciné. Mais la technique du dessin n'entre pas en harmonie avec sa main. Il sait dessiner, il a appris, il a la technique, mais son âme n'intègre pas ce processus. Pas assez de hasard peut-être ? Par contre, Martial aime a exposer des rouilles aux intempéries, et puis à saisir l'instant fugitif où l'image colle à son rêve

Photographe, il n'aime pas saisir la réalité. Elle lui semble fausse. Il n'aime pas les apparences, La vérité est ailleurs pour lui. Il aime aussi à travailler les vieilles techniques de la photo, pour marcher dans la redécouverte du passé, jouer avec le temps.

Martial : « On n'est pas grand chose ». C'est cela qu'il veut saisir,

Martial aime le hasard mais il n'aime pas dépendre de la réalité. Aussi, il veut maîtrisé l'intégralité du processus photographique, Il prépare ses négatifs,

Martial : « Jusqu'au moment du tirage, je suis entièrement maître du procédé. Chaque cliché est une aventure. Un rapport particulier. Il y a le jeu avec le modèle. Puis, il y a ce que fait la pellicule toute seule, 50 % du résultat est du au hasard.»

Bien sûr, il y a des ratages parce qu'avec les Calotypes, le processus que Martial utilise, il y a toujours une destruction. Mais dans cette destruction, il y a la mise en évidence du hasard, du chaos de la vie, de l'éphémère, de l'usure...

Martial fait sa « cuisine » dans son atelier d'artiste à Issy les Moulineaux qu'il partage avec d'autres dans le cadre d'une association Artsenal. Il s'agit d' un ancien arsenal qui appartient à l'armée. La situation est précaire. Martial n'aime pas plus les institutions qu'avant et face au nouvel art bourgeois, aux règles faussées du marché de l'art, Martial participe à l'organisation du Mois OFF de la photo comme une résistance.

Martial recherche. des lieux pour Martial Verdier ; un travail à travers le temps dans les techniques de la photo. exposer, il agit avec des groupes de photographes. Son travail présenté à Dieppe, il veut le poursuivre avec des poètes pour faire un recueil, Martial, comme tous les artistes, a été contraint à des compromis mais il a cédé aussi peu de son âme que possible.

Martial : « Être artiste rend la vie simple impossible. il y a toujours des choix à faire entre la vie de famille, la sécurité et le travail à faire. C'est toujours la précarité. »

Martial Verdier, je l'ai reconnu et je vous invite à faire sa connaissance via son œuvrage présenté en la MJC du centre jusqu'au 29 janvier, « Les ambassadeurs ». A voir absolument...

Jean-François Benoist.